Portage salarial : les consultants en informatique donnent leur avis !
Interview de Regis Granarolo, président du Munci (Mouvement pour une Union Nationale des Consultants en Informatique)

Regis, pouvez vous nous préciser l’objet du Munci ?

Fondée en 2003, le MUNCI est la principale association professionnelle et syndicale en France réunissant les membres (salariés, indépendants/entrepreneurs et demandeurs d’emplois) des professions informatiques et télécoms, plus généralement des professions relatives aux TIC.

Le MUNCI a trois objectifs :
- participer à la défense des intérêts moraux et professionnels. Participer à la promotion sociale de nos professions. Mener des études sur les applications des droits collectifs.
- développer une offre de services professionnels pour les adhérents.
- offrir des espaces d’information, d’échanges et favoriser le développement de réseaux professionnels parmi nos membres.

La vision du MUNCI est celle du « syndicalisme (professionnel) de services », nous considérons à ce titre que les sujets professionnels ont tout autant d’importance que les problématiques sociales dans notre organisation.

Quels sont les leviers efficaces pour votre action ?

Pour le moment, les actions « sociales » du MUNCI se limitent à du lobbying sous toutes ses formes : communiqués, courriers, rencontres, participations à des évènements… Dorénavant, pour être plus efficaces dans la défense collective de nos professions (notamment sur le terrain juridique), Le MUNCI travaille en partenariat étroit avec un syndicat adhérent à dans la branche Syntec (le Specis).

Et la vision du MUNCI sur le portage salarial ?

Depuis sa création, le MUNCI s’est toujours montré favorable au développement du portage salarial dans le domaine des prestations intellectuelles dans la mesure où ce système est, pour les consultants expérimentés, un bon moyen de se mettre à son compte. Nous considérons qu’il existe cependant un risque d’extension non maîtrisée à d’autres types d’activités en substitution au salariat habituel.

C’est, sans le dire, un système contractuel équilibré de « flexi-sécurité » profitant à tous : flexibilité contractuelle, compétitivité sur les prix, protection sociale (assurance chômage), maîtrise d’oeuvre autonome sur les projets des clients (responsabilité professionnelle, qualité d’exécution et conseil indépendants), et surtout revenus nettement plus élevés que le salariat ou l’intérim.

Il est nécessaire néanmoins que la société de portage offre de réelles garanties à ses collaborateurs (ex. paiement régulier du salaire en début de mois dès le premier mois, vrai contrats de travail, formations…)

Le portage salarial entre dans une voie réglementaire, une donnée qui n’a pas échappée au MUNCI :

En effet, la récente loi portant modernisation du marché du travail encadre le portage salarial dans son article 8, c’est une bonne chose mais nous craignons que, dans le cadre de la future négociation collective dont elle aura bientôt la responsabilité, la branche « concurrentielle » des entreprises de travail temporaire impose des conditions diminuant l’attrait du portage salarial au profit de l’intérim (plus rémunérateur pour les sociétés concernées...).

On reconnaît la votre engagement professionnel !

En fait, il y a deux façons de voir les choses :
- d’un côté, avec des contraintes supplémentaires, le portage pourrait devenir plus cher et perdre son intérêt économique pour les portés, les sociétés de portage et les donneurs d’ordre. Une réglementation plus lourde pourrait aussi restreindre la liberté de négociation avec les clients.

- d’un autre côté, l’accord doit apporter nécessairement du progrès social, à l’instar de l’accord novateur signé en novembre 2007 pour encadrer le portage salarial dans la branche Syntec. Dans les sociétés concernés, la convention collective Syntec est applicable de plein droit dans toutes ses dispositions (maintien de salaire en cas de maladie, accès à la prévoyance, formation professionnelle...) et les contrats ne doivent présenter aucune clause d’exclusivité, ni de non-concurrence, la propriété intellectuelle reste acquise aux salariés portés, le statut cadre et la mutuelle sont obligatoires…

Et le mot de la fin :

Pour le Munci, il s’agirait également de mettre fin à l’intermédiation (trop fréquente) d’intermédiaires sans valeur ajoutée dans le cadre des prestations tout en prélevant une forte marge (charges fixes, taux de rentabilité inadaptés…) sur leur facturation aux clients.

Merci à Regis Granarolo, président du MUNCI.

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